Coin canapé

Gentleman Jack et Years and Years, mes deux nouvelles obsessions sérielles du moment

Quand on est sériephile de nos jours, on voit les séries défiler les unes après les autres, on les regarde, on les oublie, on se souvient d’un épisode particulièrement bon, on passe à autre chose, on s’excite (ou pas) avec tout le monde de la fin de Game of Thrones, on pratique le sourire entendu quand les gens découvrent soudainement une série sur Netflix alors qu’on la connaissait depuis belle lurette, mais c’est de plus en plus rare d’avoir les chills devant son écran. Alors quelle n’a pas été ma surprise quand non pas une mais deux séries britanniques m’ont fait halluciner par leur qualité respective.

Gentleman Jack et Years and Years sont à des lieues l’une de l’autre, la première étant un period drama (co-produit par HBO et la BBC) tandis que la seconde est une série d’anticipation (de la BBC également).

Gentleman Jack, une revisite moderne de la vie d’une lesbienne oubliée

Pour les fans hardcore de la BBC (que je suis) ou encore les gens qui tentent de voir toutes les œuvres LGBT grand public (ce dont je fais partie aussi), le nom d’Anne Lister doit rappeler quelque chose : celle qui a écrit des pages et des pages de journal pour raconter sa vie de femme avec un penchant pour les femmes. En 2010, une adaptation en deux parties était sortie avec Maxine Peake dans le rôle titre. En 1994, un autre téléfilm mettait en scène celle qu’on pourrait définir comme la première lesbienne moderne. Voilà que cette année, HBO et BBC co-produisent Gentleman Jack sur une idée de Sally Wainwright.

Sally Wainwright est connue pour ses thrillers et ses drames familiaux à la Happy Valley ou Last Tango in Halifax. Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des scénaristes et showrunneuses britanniques les plus talentueuses (et à titre personnel, je la mets juste un peu en-deçà de Russell T Davies dont je parlerai par la suite et au même niveau que Phoebe Waller-Bridge). Cela fait plus de 20 ans qu’elle cherche à porter le journal d’Anne Lister à l’écran, étant originaire d’Halifax, ce nom reste une figure emblématique du coin.

L’un des premiers hits de Wainwright était Scott & Bailey avec Suranne Jones, qu’elle rembauche pour camper l’atypique Anne Lister aka Gentleman Jack, le surnom qu’on lui donnait dans la région. Je ne le cache pas, ce n’est que depuis Doctor Foster que je voue un culte pour Suranne Jones (elle était le TARDIS dans Doctor Who aussi !) même si je l’avais vue dans plusieurs autres séries avant. C’est difficile de la voir à l’écran (ou sur scène) et de ne pas remarquer son talent. La question ne se pose même pas de savoir si c’est une bonne actrice ou pas, elle est douée, cela va de soi. Donc franchement, il n’y avait pas meilleur choix pour un personnage tel que Anne Lister. Elle a une posture plus masculine, une expression plus dure. C’est incroyable, on ne la reconnait pas. L’actrice est bien entourée, dans les personnages secondaires on retrouve Gemma Jones ou Gemma Wheelan entre autres. Bon, hum… j’ai un peu de mal avec les perruques parfois, j’avoue…

Le véritable journal d’Anne Lister raconte non seulement toute sa vie, mais porte également un avis sur l’économie, le contexte social et le système politique de l’époque. Lors de la tournée promotionnelle, l’équipe de la série a défini leur héroïne comme une femme entrepreneure, ce qui faisait plutôt sourciller au XIXe. Elle possédait ses propres mines de charbon, faisait tourner son terrain, bref, ne rentrait pas du tout dans les cases de ce que doit être une lady. Outre son style vestimentaire, elle tient la tête aux hommes durant des négociations et s’amuse follement de briser toute convention sociale. La série commence quand elle fait connaissance avec Ann Walker (Sophie Rundle vue dans Peaky Blinders), une riche héritière timide et à la santé fragile qu’elle va séduire. Ah si, j’ai toujours trouvé perturbant qu’elles s’appellent toutes les deux Anne et Ann mais bon…

OKAY, là je vais faire une référence à Fleabag, car il y a une similarité, les regards caméra. Je sais, Fleabag n’a pas inventé ce truc, mais dans les séries récentes, c’est elle qui en a fait le meilleur usage. Dans Gentleman Jack, il n’y en a certes pas autant, mais parfois le quatrième mur est brisé. Mais c’est vraiment revisité à la sauce HBO, c’est-à-dire qu’on n’a pas la lenteur habituelle des séries britanniques. Même la manière dont c’est filmé, avec des walks and talks et une caméra épaule, ça donne une sorte de dynamisme différent des autres crédits de Sally Wainwright. Les touches d’humour sont beaucoup plus présentes, il y a des scènes vraiment intenses aussi et puis la chanson de fin est juste parfaite !

En tout cas, ce n’est pas comme si on croulait sous les séries avec des personnages principaux LGBT (tiens, la saison 2 de Vida est sortie récemment) et encore moins les period dramas LGBT. Puis vu la qualité de ces 8 épisodes (oui, tous), je ne doute pas que Gentleman Jack va devenir une référence dans la communauté lesbienne.

Years and Years, la beauté horrible du futur

Oubliez les Black Mirror (surtout cette dernière saison, mon Dieu, quelle chute) ou même Handmaid’s Tale, le futur c’est ici et maintenant avec Years and Years (à ne pas confondre avec le groupe du même nom haha). Honnêtement, aujourd’hui j’ai du mal à lire les infos et je porte volontairement des œillères parfois sur l’état du monde tellement le constat est sombre. On court à notre perte et personne ne fait rien (oui, j’englobe tout le monde, et moi la première). J’ai peur du réchauffement climatique, j’ai peur de la guerre qui plane, j’ai peur de ce qu’on mange, j’ai peur de l’emprise de la technologie, de tout. Years and Years ne va pas du tout vous rassurer si vous êtes dans le même cas que moi. À vrai dire, ça m’a tellement secouée que j’en ai fait des cauchemars.

Years & Years a un concept très fort, on ne parle pas d’un monde parallèle, d’un moment dans le futur qui va bientôt arriver mais on ne sait pas trop quand, non, on parle de dans 7 ans (et plus tard) et de comment la situation sera pour les habitants en Angleterre. La montée de l’extrême droite n’est plus un secret nulle part, entre l’Amérique du sud, les États-Unis, l’Europe de l’est, ou même chez nous, l’avenir s’annonce bien sombre. La science-fiction semble plus à l’ordre de la réalité qu’autre chose de nos jours et le tournant de la 5G annonce déjà les prémisses. L’esprit de Russell T Davies imagine un futur proche glaçant et désespérant. Je n’ose même pas parler de dystopie tellement certains choix scénaristiques semblent pertinents.

Le génie derrière le reboot de Doctor Who, Queer as Folk et qui a signé le script du plus récent A Very British Scandal, revient enfin à une série grand public pour la BBC (et aussi disponible sur HBO). Years and Years est portée par un cast brillant entre une Emma Thompson qui joue les politiciennes sans vergogne, un Russell Tovey à qui on s’identifie tellement facilement et qui est blasé par tout ce qui arrive, une Jessica Haynes en activiste en quête de justice ou encore une Anne Reid qui a vu tous ces changements s’effectuer au cours de sa vie. Toute cette tribu est plus qu’inclusive (comme tous les ensembles de Davies) puisqu’on voit à l’écran une personne en fauteuil, des personnes de couleur (ça parle beaucoup d’immigration), des LGBT (avec un transhumaniste) et ils ne sont pas là juste pour faire bien.

Je ne sais pas comment se déroulent vos repas de famille, ni comment la politique entre en jeu dans ces moments-là, mais en tout cas, le coup classique c’est que tout le monde a des opinions et personne n’est d’accord. Eh bien imaginez ce qui pourrait arriver quand le gouvernement exécutera des actions bien plus drastiques. Des sujets qui ne font pas trop de vagues, sauf dans certains cercles, deviendront les priorités de tout le monde. Je pense que la force de Years and Years réside dans son réalisme. On ne parle pas d’un monde dystopique comme Handmaid’s Tale ou de technologies qui nous semblent inatteignables actuellement, on parle de dans moins de 10 ans, et ça va passer en un clin d’œil. On parle d’un potentiel prochain mandat de Trump et du Brexit et des conséquences que ça pourrait entraîner. De toute façon, le jour où l’Occident tombe, je retourne en Chine, hein (s’ils veulent bien de moi).

La mini-série s’est achevée en 6 épisodes, une véritable claque sérielle qui ouvre le débat sur tellement de choses… C’est intelligent, extrêmement bien fait, ambitieux et unique en son genre. Et on espère que ce futur que Davies a imaginé n’arrivera pas de suite…

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