Nolife style

Mon incrust’ embarrassante à une conf de presse de Darren Criss

Comme vous le disait Aki ici , on était présents au festival de télévision de Monte-Carlo cette année. Si j’ai bien appris quelque chose ces dernières années, c’est qu’interviewer des gens, c’est un métier, surtout lorsqu’ils ne parlent pas français. C’est un exercice qui nécessite d’être à l’aise à l’oral, pertinent et de savoir rebondir lorsque ça ne tourne pas vraiment de la façon attendue. Je me suis donc bien sûr toujours interdit de le faire moi-même. Reconnaissez qu’il est difficile de conduire un entretien avec une personnalité lorsque, trop impressionné, vous vous mettez à perdre votre anglais et à bafouiller comme un petit pris la main dans le bocal à cookies.  Seulement voilà, un enchainement de circonstances malheureuses a fait que, devant une vingtaine de journalistes et de blogueurs habitués à ce genre d’événements, j’ai brisé ma règle, j’ai posé une question et ce fut douloureux. Enfin, c’était génial aussi, mais surtout douloureux. Mon ego en a encore des bleus.

Tout commença un beau matin dans la principauté. Aki était occupée ailleurs et Darren Criss donnait une conférence de presse. J’adore Darren Criss, il était là pour parler de la deuxième saison de American Crime Story pour laquelle sa performance d’acteur a été remarquée, mais dans mon esprit, je n’entendais que « Broadway, Broadway, Broadway ». Une migraine me vrillait joyeusement la tête à cause de plusieurs Gin Fizz la veille au soir et d’une courte nuit. Alors, je me suis dit, c’est parfait, je vais y aller, m’installer au fond de la salle et faire mon fan zinzin silencieusement.

J’entre donc dans la salle, et déjà, première observation, on est peu nombreux. Une vingtaine, au grand max. Je me dis que c’est dommage, qu’il mérite un peu plus, mais que c’est sûrement parce que tous les autres l’ont en interview plus tard. Je m’assois au loin, et là, il arrive, tout détendu, tout sympa, tout Darren quoi. Les questions des gens commencent et ça tourne beaucoup autour de American Crime Story (normal, en même temps, me direz-vous). À la troisième version de « Comment se prépare-t-on quand on va incarner un psychopathe ? », je me sens partir et mes paupières sont lourdes. Je me demande à ce moment-là si j’ai pas oublié ma clé d’hotel à l’intérieur de la chambre en partant et si le buffet du midi va être le même que la veille car j’avais beaucoup aimé les petits club sandwichs. Même Criss semble un peu fatigué puisqu’il commence sa réponse par « Comme je l’ai dit à la jeune femme avant vous… ». Bref, on s’ambiance pas vraiment en salle de conférence.

Après American Horror Story, viennent les questions concernant Glee dont une question extrêmement malaisante sur les souvenirs qu’il a du tournage avec Cory Monteith (décédé depuis) et avec Mark Salling (qui s’est suicidé alors qu’il allait être jugé pour pédopornographie). So glauque et inapproprié. Je manque de tomber de ma chaise et je lève tellement les yeux au ciel à ce moment-là que j’aperçois mon lobe frontal. Je commence à perdre espoir en toute l’humanité et j’ai toujours « Broadway Broadway Broadway » qui crie à l’intérieur de mon crâne. Je me dis qu’en vrai, je pourrais pas faire pire comme intervention que cette dame. Soudain, je me lève et m’avance de plusieurs rangs. Vous sentez le truc arriver ?

S’ensuivent encore quelques questions dont je n’ai honnêtement aucun souvenir, mais qui ne devaient pas être inintéressantes. La raison pour laquelle je ne m’en souviens pas, c’est qu’à ce moment-là, je lève la main pour faire signe à la modératrice que je veux poser une question et qu’il me faut un micro.

Du coup, je suis en flippe, et plusieurs solutions s’offrent à moi :

  1. Profiter de la sono et chanter Blue d’Eiffel 65  (c’est dabeudidabeuda ou dabadidabada ?)
  2. Hurler au feu et faire évacuer la salle
  3. Crier « Wazaaaaa » dans le micro et me tirer
  4. Grandir un peu et poser une vraie question

Mes références toutes pourries des années 2000 montrent déjà que grandir n’est pas quelque chose de facile pour moi.

À partir de là, je vais retranscrire la scène pour que vous puissiez mieux imaginer ma solitude et ma détresse.

Modératrice : Nous allons écouter la question du jeune homme en t-shirt blanc

***Petit moment de flottement***

Merde, c’est moi le con en t-shirt blanc. Je porte jamais de blanc aussi, normal que je réagisse pas. Elle aurait pu dire « le jeune homme qui a l’air d’être au bout de sa vie ». Là, j’aurais pigé.

Moi : Bonjour, Darren ! (mince, ça se fait de dire bonjour ou faut passer directement à la question ? J’aurais dû faire gaffe aux autres questions, bordel). Tout d’abord, je suis un grand fan de théatre musical (huge musical theatre nerd dans le texte, vous remarquerez l’absence totale de professionnalisme puisque je commence à parler de moi et que tout le monde s’en fout).

Darren Criss : YEAAAAAAH ! (Mon coeur s’est arrêté  à ce moment-là je crois. Du coup, je prends plein d’assurance, genre Jimmy Kimmel rentre chez toi, tu fais pas le poids)

Moi : Vous avez coécrit A Very Potter Musical à l’université, vous avez joué dans How to Succeed in Business Without Really Trying et interprété le rôle d’Hedwig à Broadway (Darren Criss commence à montrer avec humour qu’il aime le fait que j’étale toute sa broadwaygraphie et je suis conscient de flatter son égo comme le pauvre fanboy que je suis et que n’importe quel guignol pourrait lire ça sur wikipedia, mais tant pis !) Vous avez également créé l’Elsie fest

ModératriceExcusez-moi, on ne vous entend pas dans le micro, les interprètes ne peuvent pas traduire. 

Euh okay, mais bon, comment dire ? J’y peux quoi ? Je fais quoi ? On appelle la police ?

Puis je m’en fous des interprètes moi ! Il m’entend, lui.  Maintenant, il faut que je recommence. Faut que je reprenne du début ? Comment on dit « euuuuuuh » en anglais, déjà ? Pourquoi je me suis levé ce matin ? Tout ça, c’est de la faute d’Aki.

Moi : Ah, oh, euhhhh

Déconfiture avancée, y aura des tartines au petit dej’

Monsieur qui donne les micros : Prends plutôt celui-ci

*** Deuxième micro arrive ***

Moi : Oui, donc je disais que vous avez créé l’Elsie fest…

Modératrice : Ça ne fonctionne toujours pas.

Darren Criss : Essaye de le tenir plutôt comme ça (Et là il me fait des mimes avec les mains, et j’ai envie de crever. Une vingtaine de personnes sont en train de regarder Darren Criss m’expliquer comment on utilise un micro. Qu’on m’achève.) (Et pour ceux qui se demandent, oui, Darren Criss me tutoie).

Moi : Vous m’entendez là ? Ah oui, ça marche, parfait. Hum, où j’en étais… (parti mettre ma tête dans un four) Donc, vous avez créé le Elsie Fest qui est le festival le plus cool du monde (Oh putain, je viens sérieusement de dire ça à l’occasion d’un autre festival ?). Pensez-vous revenir bientôt à Broadway ? Avez-vous des projets à ce sujet ?

Et là Darren Criss m’a donné une superbe réponse. Enfin j’imagine qu’elle était chouette, car comble de l’amateurisme, j’étais trop en apnée et épuisé par l’effort pour enregistrer exactement ce qu’il me disait. Je sais quand même qu’il m’a dit que rien n’était prévu pour le moment mais qu’il souhaitait écrire un musical d’ici dix ans. Que Broadway, c’était sa maison et qu’écrire était quelque chose qui lui plaisait énormément. Qu’en voyant certains de ses potes de fac réussir en ce moment, ça lui donnait encore plus envie de tenter sa chance. Les potes de fac en question, c’est « juste » Benj Pasek et Justin Paul (La La LandDear Evan Hansen, The Greatest Showman). ** Petit couinement silencieux de theatre geek ** . Criss dit en toute décontraction qu’il faisait la fête avec ces personnes durant ses études. Sur une échelle de la coolitude, ça va plus ou moins au sommet.

À la sortie de la salle de conférence, Darren Criss m’a dit que ma question était super. Il est vraiment sympa, parce qu’en vrai, ma question était « T’as des projets, dude ? » et franchement, ça mérite pas un Pulitzer. Je me dis quand même que je l’ai sûrement un peu marqué, il se souviendra peut-être de l’empoté de Monaco à qui il a appris à tenir un micro !

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