Nolife style

Ma vie va très bien, elle m’a juste oublié en route

Ceux qui se contrefichent de ma vie, je vous comprends totalement et vous pouvez fermer l’onglet. Pour les autres, laissez-moi vous raconter ma petite histoire et peut-être que certains d’entre vous se reconnaitront dans ce texte. Si c’est le cas, n’hésitez pas à vous manifester si vous en avez envie.

Alors, voilà, vous avez jamais eu l’impression de courir après votre vie au lieu de la vivre ?

J’ai jamais su ce que je voulais faire « plus tard ». Jamais su qui j’étais et qui je voulais être. Je voyais les autres, dévorés par l’assurance et la passion. Moi, je suivais le chemin le plus large, me disant que ça me mènerait sûrement vers une destination qui me conviendrait à peu près.

J’ai survécu tant bien que mal au collège et au lycée, accumulé les pseudo-amitiés toxiques et commencé à apprendre à aimer la solitude pour mieux me blinder contre le potentiel rejet des autres. J’étais ni bon ni mauvais, surtout parce que je faisais le strict minimum. Mon manque d’ambition m’avait aidé à cultiver un magnifique poil au centre de ma paume droite et c’était confortable de m’en servir comme canne. Mes profs m’adoraient parce que j’animais les cours en participant activement alors que je faisais ça plus pour masquer mon désarroi et faire passer les journées plus rapidement qu’autre chose.

À force qu’on vous répète que vous êtes jeune, que c’est normal de pas savoir ce que vous voulez faire plus tard et que ça va venir, vous finissez par le croire. Mais la vie continue de filer et mon cerveau n’a pas tellement fait plus de progrès pendant ce temps. J’ai atterri en fac de Droit, parce qu’en vrai, y a deux types d’étudiants en fac de Droit, ceux qui savent qu’ils veulent faire un métier juridique et ceux qui pensent que « le droit, ça mène à tout ». Devinez à quelle catégorie j’appartiens ? (Bien joué, José, à la deuxième). J’ai l’habitude de dire que, oui, le Droit ça mène a tout, mais surtout à ce que je ne voulais pas faire. Mais ça m’intéressait en vrai, et je me suis impliqué, parce que, eh bien, j’ai été élevé comme ça et que de toute façon, qu’est-ce que j’allais faire d’autre ? Tellement impliqué et stressé à l’idée d’échouer et de décevoir que je me suis fait un nouvel ami pendant mes années d’étude, le lexomil. Je m’expliquerai jamais pourquoi j’ai commencé à ce moment-là à faire du psoriasis et des crises de spasmophilie ni pourquoi j’ai développé une forme bâtarde, mais atténuée de claustro-agoraphobie, mais le fait est là. Enfin si, je commence à avoir quelques réponses à ce sujet, mais pourquoi tout a débuté à ce moment-là et pas avant, c’est un mystère. Enfin bon, je ne suis pas là pour étaler toutes mes névroses, enfin si un peu, mais j’essaie de le cacher.

Bref, du coup, me voilà, poursuivant mes études de Droit sans véritable accroc. Je suis même plutôt doué et mes résultats sont bien meilleurs qu’au lycée. Faut dire que passer des heures à me crier intérieurement « qu’ai-je fait dans une vie antérieure pour mériter toutes ces heures d’éco et de maths, bordel ? » n’aidait sûrement pas. A 20 ans, j’ai donc été diplômé, et là, ben j’étais bien avancé. Oui parce que, si j’ai jamais su ce que je voulais faire, j’ai par contre toujours été au courant de ce que je ne voulais surtout pas faire. Et là, y avait toujours quelqu’un pour me dire « mais t’as 20 ans, t’es jeune, t’as encore le temps de savoir ce que tu vas faire ». Certes, mais bon, faudrait quand même que je me décide, là, parce que bon, comment te dire Georges, j’ai quand même les deux pieds dedans là. Et puis bordel, pourquoi les gens continuent à dire ce genre d’âneries ? S’il suffisait de savoir ce qu’on veut faire « dans la vie » pour y arriver et exercer effectivement tel ou tel métier, ça se saurait, non ? Possible que je me trompe et qu’au final, en m’empêchant de rêver, je me suis bridé moi-même et j’ai laissé ma vie me trimballer vers des horizons que je n’ai pas choisis. Trop sage et terre-à-terre, c’est peut-être bien ce qui me vaut ce texte aujourd’hui.

Devinez ce que j’ai fait, alors ? Eh bien, j’ai continué les études, parce qu’en vrai, y avait que ça que je savais faire. Sauf que la quatrième année était celle de trop. Je voyais que ça menait qu’à des trucs que je ne voulais pas faire et j’ai fini par me résigner. Les études, c’était fini, fallait que j’aille gagner ma vie comme un grand, maintenant. Sauf que j’étais encore un bébé dans ma tête. Je passerai sur ma période pôle emploi, elle n’a servi à rien. Je ne leur en veux pas, ils ne pouvaient objectivement rien faire pour moi à part m’envoyer des offres d’emploi qui ne donnaient jamais rien. Zéro expérience, et mes lettres de motivation n’auraient convaincu personne, pas même un DRH sous acide à qui j’aurais offert quelques faveurs sexuelles.

À 23 ans, j’ai réussi un concours dans la fonction publique. Là aussi, c’est pas ce que je voulais faire, mais bon, pourquoi pas ? J’ai été expédié dans une grande ville du sud de la France (c’est important pour moi de le préciser, car je viens d’Ardèche, et l’Ardèche, ben c’est l’Ardèche). Je pouvais compter juste avec le pouce les personnes que j’y connaissais (Ouais, ça fait une personne, je sais, mais c’est pour voir si tu suis, Louis). Fraichement débarqué dans un meublé auquel je n’ajouterai jamais rien de perso à part mon PC et mon mug Brothers & Sisters, j’ai commencé mon nouveau boulot tel Toto in the city (pas de Manolo Blahnik aux pieds, désolé, mais un super sac à dos sur les épaules). Et je me suis impliqué, parce que je ne sais faire que ça, je vous l’ai dit, et j’ai évolué professionnellement. Mais tout me paraissait tellement provisoire. Comme si j’allais trouver quelque chose qui me correspondait mieux et que je pouvais partir du jour au lendemain.

J’aurai 30 ans l’année prochaine (qui a dit devenir adulte ?), et je viens de réussir un autre concours de catégorie supérieure. Pourquoi évoluer dans un domaine qui ne me convient pas forcément, me demandes-tu, Lulu ? Eh bien parce que, comme d’habitude, c’est tout ce que je sais faire, c’est-à-dire avancer parce que j’ai l’impression que c’est ce que la vie me demande de faire.  En octobre, je vais donc à nouveau changer de ville et partir voguer vers d’autres aventures. Sauf que ces aventures, j’ai l’impression que ce ne sont pas les miennes. Elles ne sont pas originales, elles ne sont pas trépidantes, elles sont juste la suite logique de mon parcours. L’avantage dans tout ça, c’est que, n’ayant rien de personnel ici ni aucune attache sentimentale, j’ai juste à prendre mon baluchon, rendre les clés de mon appart et prendre le train pour probablement ne plus jamais revenir. Je laisse derrière moi des collègues formidables avec qui je ne garderai probablement pas de contact. Je ne sais pas faire. Si on ne s’accroche pas à moi telle une sangsue en me rappelant d’être un minimum sociable, je disparais, bien malgré moi.

Ce qui m’inquiète le plus dans cette histoire, c’est que je commence petit à petit à développer des envies de carrière dans certains domaines. C’était plus simple quand je ne savais pas absolument quoi faire. Ce qu’on ne connait pas ne peut pas nous faire de mal, qu’ils disent, et c’est bien vrai. Mais de qui je me moque, de toute façon, je vais continuer tout ce bordel jusqu’à ce que je me sente plus suffisamment à la hauteur pour évoluer dans la hiérarchie de cet ogre qu’est l’administration.

Je n’écris pas ça pour me faire plaindre. Ma situation est loin d’être catastrophique, elle est même plutôt confortable. J’ai un toît et de quoi manger. Ma santé physique est plutôt bonne, même si ma vue commence à partir en cacahuète (début de vieillesse, tristesse). Non, j’écris ça juste parce que c’est un fait. Je suis en train de regarder le train passer. Je ne suis pas malheureux, mais je ne pense pas être heureux non plus. Mais comme beaucoup, non ? Est-ce que c’est que moi ? Ou est-ce que c’est un truc générationnel, voire même universel ?

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