Chez le libraire

Ces romans pour ados qui devraient être obligatoires à l’école

J’ai beau adorer la littérature et avoir fait L au lycée, durant toute ma scolarité, j’ai toujours un peu rechigné à lire les ouvrages imposés par l’école. Non pas que j’aie regretté une seule lecture (encore merci à ma prof de 4e d’avoir suggéré Des fleurs pour Algernon), mais plutôt que de prime abord le titre ne me plaisait jamais. Puis je me rappelle toujours du jour où, au collège, on devait apprendre un texte de notre choix, pour une récitation. J’avais choisi Harry Potter (okay, le choix était peut-être trop nerd et pas du tout judicieux, mais bon) et ma prof m’avait complètement humiliée. Je veux dire, si tu laisses ton gamin de 12 ans choisir son texte, ben soit t’acceptes qu’il y ait des choix excentriques soit t’en imposes, nom de Dieu ! Bref, tout ça pour dire qu’il y a des lectures obligatoires des grands classiques que je comprends tout à fait (car sinon nombreux d’entres nous n’auraient pas la curiosité d’aller les lire), mais cette fermeture d’esprit qui s’obstine à ne pas donner une chance aux romans plus populaires me tue.

En continuant de lire de la litté jeunesse et bien sûr « pour jeunes adultes » (que je comprends romans pour ados, mais bon), j’ai commencé à me dire que certaines histoires comportaient des messages universels que tout le monde devrait entendre une fois dans leur vie. Et ça a créé ma liste de « romans pour ados qui devraient être obligatoires à l’école » (et que j’aurais aimé lire plus tôt aussi).

Wonder – RJ Palacio

Le premier roman dont je vous parle serait même une lecture jeunesse plutôt qu’ado. J’ai lu Wonder y a pas si longtemps que ça. Je dirais deux ans grand maximum, quand j’ai appris qu’une adaptation cinématographique allait sortir. C’est simple : dans notre société actuelle, d’assumer dire que, quitte à avoir tort (et tout ce que ça entraîne, paraître bête ou autre), il faudrait choisir d’être gentil, ça me semble être la solution d’un monde meilleur. Se montrer gentil, c’est aussi être un peu moins égoïste. Ça peut aussi dire que t’as un peu foi en l’humanité, et Dieu sait qu’on en a besoin aujourd’hui.

Est-ce que c’est ridicule de prôner la gentillesse ? Je ne crois pas. C’est sûrement pour ça que la citation phare du bouquin me reste encore en tête : When given the choice between being right or being kindchoose kind. Dans l’histoire, à chaque nouveau mois, leur professeur d’anglais leur apprend un nouveau précepte. Et celui-ci est sans doute le plus important et va directement impacter Auggie, le jeune héros de Wonder, qui va lui-même appliquer ce précepte et accepter sa différence.

Il est complètement conscient de son handicap, mais il en a fait une force qui se traduit par un humour bien à lui. Bien sûr, ça ne veut pas dire qu’il est toujours enjoué ou autre, non, non, il ressent bien le regard des autres. On va accompagner Auggie tout au long de son année scolaire remplie de hauts et de bas avec une bienveillance non dissimulée.

Sur une autre note, le bouquin sensibilise aussi au syndrome de Treacher-Collins qu’on connait visuellement, mais sur lequel on ne pose pas forcément de nom. Et pour le coup, le film avec Julia Roberts et Jacob Tremblay était émouvant à souhait.

Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers – Benjamin Alire Saenz

Il n’y a pas assez de mots dans mon vocabulaire pour décrire le bien fou que procure la lecture d’Aristote et Dante. C’est une histoire d’amour, mais aussi d’amitié et de famille. Saenz écrit particulièrement bien la relation parents-enfants (comme le confirmera plus tard The Inexplicable Logic of My Life) mais aussi les émotions de l’âge de l’adolescence.

C’est rassurant. Quand j’ai lu ce bouquin, je me suis revue à quinze ans à passer une année avec Aristote et Dante. Une année, quand t’as 15 ans, c’est très long et très court à la fois (aujourd’hui, tout passe très vite à mes yeux. #LaMortEstProche) et il peut t’arriver mille choses (ou rien du tout comme pour moi). En reflétant sur ma propre adolescence, je me dis qu’Aristote a bien de la chance d’avoir une telle famille malgré ses imperfections et que Dante va sans doute aller très loin comme ça.

On pleure un peu, on sourit devant leur singeries, on se remet en question, je crois que ce bouquin a su faire mouche directement. Les lecteurs parlent souvent de la poésie de Saenz, je parlerais de sincérité dans ses mots. Souvent des gens disent que tel bouquin a changé leur vie, que ce soit un John Green ou Le monde de Charlie par exemple. Si j’avais eu 15 ans en lisant Aristote et Dante, je pense qu’il aurait changé ma vie, aujourd’hui, il me rend juste nostalgique.

Pour ce titre, un script est prêt, il attend d’être choisi pour passer en prod !

The Hate U Give – Angie Thomas

Si je devais qualifier ce livre avec un seul mot, ce serait woke. Et je dis ça sans aucun sarcasme ou quoi. En le lisant, ça m’a « wokée » (eh, je m’adapte !) et je trouve que les valeurs que tente de transmettre l’auteure rentrent complètement dans la mouvance actuelle d’une jeunesse éclairée. Alors en soi, c’est très américain de traiter les origines de la violence policière envers les Afros(-Américains en l’espèce) et les ghettos, mais ça peut s’appliquer partout et ça transcende complètement les frontières.

Entre racisme ordinaire (les camarades de classe de Starr) ou beaucoup plus ancré, la difficulté de s’intégrer malgré une réelle volonté, eh bien ce sont des thèmes qui parlent à tous. Franchement, j’ai rarement vu un livre aussi « on point ». Pertinent quoi. De ce qui a été dit plus haut aux références pop-culture (franchement, le coup de Harry Potter m’a tuée), en passant par l’inclusion des persos, c’est vraiment bien écrit, y a rien à redire. Et le cheminement de Starr, c’est notre évolution à tous pour comprendre tout ça. C’est intelligent autant émotionnellement que plus classiquement, c’est politiquement engagé bien entendu, mais surtout accessible à tous. Bref, rien à dire. Même la relation mixte je la trouve bien pensée.

Le film arrive bientôt sur grand écran avec Amandla Stenberg ! Mais je pense qu’il n’est jamais trop tard pour le lire. Même dans 10 ans, car si les choses évoluent en bien, ce sont des bases à ne pas oublier.

Le Passeur – Lois Lowry

Si j’avais lu Le Passeur plus tôt dans ma vie, j’aurais sûrement eu une meilleure note à mon bac philo ! Au lieu de faire lire du Schoppenhauer sur la conscience collective, lisez du Lois Lowry (du moins le premier tome de sa saga) pour aborder certains principes régissant la société qui pourraient bien vous servir.

La quadrilogie du Passeur remplit tous les critères de la dystopie jeune adulte sauf peut-être celui de la quête définie et précise. Oui, le but de Jonas est de s’échapper de sa bulle qui forme son monde et de partir vers « l’Ailleurs », mais l’enjeu ici n’est pas aussi vital que dans d’autre dystopies. Ça manque en fait d’un fil rouge solide, mais l’originalité de Lois Lowry réside justement ailleurs. Son style rend le monde de Jonas comme intemporel, cotonneux et rêvé, et petit à petit, la réalité pointe le bout de son nez.

L’adaptation cinématographique était une véritable catastrophe, mais elle avait eu le mérite de bien rendre le Pareil en noir et blanc avant d’injecter des touches de couleurs quand Jonas apprend son rôle de gardien de la mémoire.

Oui, on pourrait réduire ces bouquins à une étiquette, handicap physique, homosexualité, racisme, dystopie, mais ça va tellement plus loin que ça…

Ben vous savez quoi ? J’ai remarqué en faisant cette sélection que trois des autres auteurs cités sont des femmes (et le quatrième est gay). Et je me rends compte avec désarroi que ces « sentiments nobles » exprimés par ces livres peuvent paraître puérils ou idéalistes ou perçus comme « faibles ». Mais ça fait quoi un peu d’idéalisme dans ce monde ? Que du bien, voilà.

(P.S. : cette liste ne peut que se rallonger de toute façon, j’ai pas parlé de A List of Cages, donc j’en passe et des meilleurs !)

2 commentaires sur “Ces romans pour ados qui devraient être obligatoires à l’école

  1. Il y a beaucoup de livres de ton article que je comptais lire prochainement, j’ai encore plus envie de les prendre maintenant, surtout ‘Wonder’ et ‘Aristote et Dante découvrent les Secrets de l’Univers’, ce sont des livres que j’aimerais faire étudier à mes futurs élèves une fois que je serai enseignante. Merci pour ton article!

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